CRIMINAL CLASS

Tiré de “Une vie pour rien? » n°4

Comment un groupe qui n'a sorti officiellement que 4 titres (“Blood on the street” et “Running away” sur Strengh thru oi !, “Fighting the system” et “Soldier” sur leur EP) a-t-il pu aussi intensément rester ancré dans les mémoires ? Aujourd'hui encore, de nombreux groupes reprennent leurs morceaux et il n'est pas rare de les voir sur des play-list. Peut-être est-ce dû au fait qu'il furent le premier groupe à se dire ouvertement skinhead, avant même The Last Resort, ou tout simplement pour leur musique, dans un style lent, lourd : 100% Oi !.

Criminal Class se formeà Coventry, petite ville proche de Birmingham en août 1979. Craig St Leon (chant) recrute alors Jez Edward (Guitare), Fred Waight (basse) et Mark Branski (Batterie). Le nom est rapidement trouvé : ils appartiennent tous à la classe ouvrière et ont tous eu des problèmes avec la justice à un moment ou à un autre, c'est d'ailleurs la raison qui les a poussés à former le groupe, comme l'explique Craig : « I have been in trouble for nicking cars and bulglary and I'm not working now so if I weren't in this group I would be in trouble ». La grosse influence du groupe est Angelic Upstarts qui marchent très fort en 1979, et dont ils reprennent le titre “police oppression”, c'est en fait la première chanson qu'ils jouent ensemble. Leur thème préféré est justement la police, qui se trouve “être le plus grand criminel car ils ont la loi avec eux”. C'est Craig qui écrit les textes, il est également le plus âgé puisqu'il a 24 ans et qu'il était déjà de la première vague skinhead, il dit aimer des groupes comme Dave and Ansel Collins ou Symarip même si ceux qui l'ont influencé pour former le groupe, outre les Upstarts, sont plutôt Sham, Slade ou Skrewdriver (77-78).

Le groupe fait son premier concert le 5 décembre 1979, c'est un peu laborieux, ils jouent leurs premiers morceaux, “Jimmy Kelly”, “Anti social” ainsi que “police oppression” de nombreuses fois. Début 80, ils tournent beaucoup dans la région avec des petits groupes punk comme Editors ou, pour un concert devant 4-500 personnes, Troop out. Ils apparaissent à cette occasion dans le journal local, ce qui les fait connaître. Cependant, le groupe a des problèmes avec une partie de son public : du fait qu'il se revendique skinhead, beaucoup de skins NF ou BM viendrons aux concerts. Pourtant, les membres du groupe feront tout de suite connaître leurs positions : “Ce n'est pas parce que nous n'aimons pas les crasseux, hippies que nous sommes fascistes !”, ils jouent même à des concerts antifascistes, tout en précisant que c'est uniquement pour prouver aux gens qu'ils ne sont pas d'extrême droite, et en ajoutant qu'ils n'aiment pas non plus les “ bâtards de hippies” qui organisent ces concerts.

En 1980, ils enregistrent leurs premiers morceaux au studio “Leamington spa”. En 6 heures, ils mettent en boîte 4 morceaux, “Blood on the streets” (dans sa version originale, c'est-à-dire un morceau reggae), “Anti-social”, “Soldier” et “ Jimmy Kelly” . Cette année là, une télé locale voulant réaliser un reportage sur la jeunesse de Coventry, leur proposera de participer au film, mais à notre connaissance cela n'a pas eu de suites, le groupe fait aussi la couverture du magazine indépendant “Alternative sounds” n°15 où leur est consacré un gros article. Une petite polémique sera provoquée par Craig à ce moment. En effet, il enverra la démo à Mensi des Angelic Upstarts qui 2 mois après sortira le 45T“Last night another soldier”, Craig accuse donc Mensi d'avoir pompé sur “Soldier” l'idée du morceau, ce qui sera démenti vigoureusement par ce dernier. Garry Bushell, lui reçoit la cassette et la chronique dans le Sound du 17 janvier 1981 en même temps que celles de The Last Resort et de The Strike, on les retrouve également dans l'article “Oi ! the story” avec la plupart des groupes de l'époque.

Cependant, le groupe a quelques problèmes internes et certains membres changent, ce genre de problème continuera jusqu'en 1983. Cela ne les empêche pas d'être très actifs et c'est tout naturellement que G. Bushell les envoie en studio enregistrer les 2 titres “Blood on the street” et “Running away”. Il leur consacre également un gros article dans le Sound du 18 avril 81 où l'on apprend notamment que Fred, le premier bassiste, a rejoint les Crux qui sont de la même région et avec qui ils joueront en 1982 au Skunx. La compile “Strengh thru oi !” sort et suivent les émeutes de Southall en juillet. Même s'il ne participe pas au concert, le groupe en subit les conséquences comme la plupart des groupes de l'époque. Ils enregistrent tout de même une démo 5 titres avec un nouveau line-up et se fait remarquer à un concert qui devait être filmé par la télé canadienne : le sujet du documentaire était “la décrépitude de la jeunesse britannique” mais avant de commencer à jouer, Craig prend le soin de les foutre dehors (voir ci-contre).

Leur 45T sort enfin sur Inferno rec, il devait à l'origine s'appeler “Soldier” mais suite à l'embrouille avec Mensi, ils attendent un peu avant de le sortir et placent dessus leur toute nouvelle compo “Fighting the system”, le titre précédent étant relégué en face B. Le groupe splitte peu après pour des raisons inconnues, peut-être à cause des problèmes rencontrés par les groupes skins en général… Craig remonte tout de même le groupe avec de nouveaux membres mais plus aucun n'est skin, ils programmeront quelques concerts et une démo pour juillet 1983 mais celle-ci ne sortira apparemment jamais et le groupe splittera définitivement. On retrouve dans l'une des premières formations de Close Shave Jim Mc Clusky, qui avait joué 2 ans dans le groupe. A ses dires le groupe aurait vendu 3-4000 45T (en 1 ou 2 ans), des stocks existent d'ailleurs encore puisque des Anglais le distribuent encore aujourd'hui à un prix raisonnable. Mais ça, la plupart des lecteurs doivent déjà le savoir…