JUDGE DREAD

Tiré de Une vie pour rien? » n°3- Cet article a été réalisé par Laurent "Big 5 Fanzine"

Personnage atypique du reggae, Alex Hugues s'est éteint d'une crise cardiaque le 14 mars 1998 sur la scène du Penny Theatre à Canterburv à l'âge de 51 ans.

Anglais originaire du Kent, rien ne le disposait à faire carrière dans le reggae, ses débuts dans le monde du travail se firent grâce à sa stature imposante. En effet, il loua ses services au début des 60's comme videur de boîtes de nuit, au célèbre Kam Jam Club de Londres où il f it la connaissance avec la communauté jamaïcaine anglaise et avec sa culture musicale, le ska.

Un amour passager puisqu'il s'orienta par la suite dans le métier de garde du corps du monde des célébrités anglaises. Il suivit donc quelques années la destinée des Rolling Stones, de Rod Stewart, de David Bowie et d'Elton John. Une profession de l'ombre qui lui fît connaître du monde mais qui ne sembla pas le ravir. Le dernier de ses employeurs fut un certain Prince Buster, avec qui il devint ami. Ce dernier fut celui qui le motiva pour faire ses premières armes dans la musique. Son nom de scène fut tout trouvé ; ce sera Judge Dread du nom du personnage d'une chanson de son ami et mentor.

La légende est en marche, son style sera le rude reggae (voir encadré) déjà en vogue grâce a des artistes comme Max Romeo, Lloydie & The Lowbites.

Judge Dread par son aisance scénique, sa connaissance des dessous du métier et son charisme en deviendra l'un des artisans les plus méritoires. Trojan ne tardera pas à le recruter, notons pour la petite histoire qu'il fut le premier artiste blanc à se produire sur le label, auparavant axé sur des productions JA.

Son premier succès commercial vint avec « Big 6 », puis ce sera la suite du thème avec « Big 7 », « Big 8 » et. « Big 9 » qui sortiront sur le sous-label Big Shot . Dès lors les hits s'enchaîneront, dans un style de toast personnel, humoristique et osé.

Vive les porte jarretelles avec «  viva suspenders  » ,, « je t'aime moi non plus » reprise de Serge Gainsbourg et j'en passe feront de lui l'artiste Trojan qui fit entrer 11 titres dans les charts anglais une prouesse qu'il fut le seul à réaliser. Ce succès ne lui fit pas perdre la tête pour autant, Judge Dread en homme de cur, savait être soucieux des problèmes d'autrui. C'est ainsi qu'il fit pas mal de concerts de bien faisance et reversa les bénéfices de son titre "Molly" à la lutte contre la famine en Ethiopie en 1973.

Ce qui caractérise l'homme avant tout est sa démarche musicale sans concessions, au fil des années, il a su prolonger un répertoire dans un style reggae propre à lui, sans le faire évoluer aux rythmes des sonorités qui ont jalonné l'histoire de cette musique. Loin d'être un défaut, ce fut la marque de sa sincérité et de son dévouement, le public ne s'y est jamais trompé. Même au milieu des années 70 jusqu'à la fin regrettée de sa vie, Judge Dread a toujours gardé cet amour des rythmiques early et skinhead reggae. Autoproclamé « Last of the Skinhead », le Judge a la chevelure pourtant bien longue, est bel et bien resté dans le « real vvorld ». Bien plus que par nostalgie il maintient des rapports d'amitiés avec le milieu qui l'avait adopté tel qu'il était bon vivant, simple et sincère.

Les années ont dû passer presque comme s'il ne s'en était pas aperçu, pris dans une vie mouvementée de musique et de mauvais penchants (chacun doit avoir les siens !). Bien que le restant des cercles du reggae mondial ne lui avait témoigné que peu de considérations, (sans doute avait-il le tort de jouer du reggae en étant blanc, non rastafarien et autres foutaises, chose unique à l'époque) jugeant son style simplet et racoleur, nous autres éternels fans garderont de lui cet haute image du working class hero

Big Up Judge Dread

Le Rude Reggae

L'une des composantes de l'carly reggae, ce style caractérisé par des rythmiques dépouillées et des textes cochons marqua le reggae durant ses prospères années. Pour sûr la chose la plus intéressante à faire, l'amour, dans son côté sentimental, était déjà une source intarissable de textes pour les artistes jamaïcains et ce, dès les débuts de l'histoire de la musique dans l'île Le Calypso avec Lord Creator. Atîlla The Hun. Lord Invader. Lionel Belasco's Orchestra et bien d'autres avait déjà ces déclarations enflammées. Le Ska, lui.semble être le style qui exploita le plus ce thème. Lorsqu'il n'était pas instrumental, Jackie Edwards, Laurel Aitken, Derrick Morgan y faisaient part de leurs sentiments. Cette longue tradition de chansons d'amour entretenue avec le Ska prit une autre tournure avec entre autres l'arrivée de Prince Buster et de son album "Judge Dread". Un pavé dans la mare du "sexuellement correct" alors que personne n'osait nommer un chat un chat. Prince Buster parla avec les mots de la rue. Un album qui ne passa pas inaperçu et qui fit bondir l'Angleterre puritaine. Sa commercialisation fut autorisée avec tout de même la censure des mots les plus osés. Le "Bip". "Bip" remplacèrent les ''pussy", "tomatoes" et autres "khakis" Dès lors, un style était né, le Rock Steady n'avait qu'à l'exploiter. Citons The Termites "Rub up push up". Phyllis Dillon "Don't touch me tomatoes", les Heptones "Fat Girl", l'on pourrait en compter par centaines, Duke Reid le producteur n°1 de rock steady sut satisfaire l'engouement du public pour ce genre. Lorsqu'il perdit son monopole sur le rock steady, Coxsone, Joe Gibbs.. Harry J, Alvin Rauglin Rupie Edwards et toute la vague des nouveaux producteurs de l'early reggae firent de ce style l'un des plus commercialement porteur.

Les catalogues des labels Trojan et Pama regorgent de singles et compilations 100% rude reggae. A vos platines brothers and sisters.