PHILIPPE BROUSSARD (GENERATION SUPPORTER)

Tiré de "Une vie pour rien?"n°1-1997

En 1991, Philippe Broussard publie « Génération Supporter » où il décrit les différents supporters qu'il a pu rencontrer à travers l'Europe pendant les cinq années précédentes. Ce livre, pour la première fois, décrit objectivement toutes ces mouvances, ce qui lui a permis de devenir une référence pour les supporters, au moins en France.

Peux-tu te présenter ?

Je vais avoir 34 ans. Je suis journaliste au « Monde » depuis janvier 89. Avant, j'ai travaillé au « Matin de Paris » et au quotidien « le sport ». Jusqu'en 1992, j'ai essentiellement travaillé sur le sport. Aujourd'hui je travaille encore sur le sport de temps en temps mais je couvre essentiellement d'autres choses : la guerre au Zaïre, la marée noire en Ecosse… Dans le cadre du foot, j'ai couvert les trois dernières coupes du monde, au Mexique, en Italie, aux U.S.A et une centaine de match de coupe d'Europe un peu partout.

A combien d'exemplaires « Génération Supporter » a-t-il été tiré ? En es-tu content ?

Il a été tiré à 9 000 exemplaires qui sont tous partis, mais il n'y a pas eu de retirage. J'en suis globalement content. Mon seul regret : il a été vite épuisé et beaucoup de gens n'ont pu se le procurer.

Au niveau du public justement, est-ce que tu as reçu des réactions ? Penses-tu que ton livre ait fait évoluer l'opinion des gens sur les supporters ?

Je n'ai pas cette prétention là. Mais j'ai eu énormément de réactions. Il n'a pas été traduit à l'étranger, mais j'ai reçu des courriers d'ultras italiens commandant jusqu'à dix exemplaires. Il m'est arrivé de me faire aborder au stade par des gens que je ne connaissais pas. J'ai aussi été invité à de très nombreuses émissions de télé, radio, fait des interviews dans les journaux pour m'exprimer sur ces sujets.

Penses-tu avoir touché un public plus large que simplement les supporters ?

Un peu plus large, oui. Ma démarche a été celle d'un journaliste : aller au plus près de l'information, en ressortir et dire « voilà, c'est comme cela que ça fonctionne ». Beaucoup de gens parlent des supporters sans vraiment connaître car ils voient cela de l'extérieur. Je voulais donc montrer la réalité (autant les aspects positifs que négatifs).

Comment as-tu choisi les équipes que tu as été voir (pas d'équipe de Londres) ? Y a-t-il d'autres clubs dont tu aurais aimé parler dans ton livre ?

C'était surtout des questions d'opportunités. Par l'intermédiaire de Parisiens, j'ai eu un contact à Milan, par les gens de Milan, je suis remonté à Bruges, puis aux Pays-Bas et ainsi de suite. Cela s'est donc un peu fait par hasard. J'ai également profité de mes déplacements professionnels pour recueillir des informations.

A l'époque, les équipes londoniennes n'étaient pas au cœur de l'actualité, je n'ai pas eu l'occasion d'aller les voir. Je suis plutôt allé à Liverpool à cause de Heysel et de Sheffield. Par sensibilité personnelle, j'aurais aimé traiter West-Ham. J'ai quand même un regret, c'est la Yougoslavie. Là-bas , j'ai rencontré des supporters très au courant de ce qui s'y passait- ce qui m'a permis de compléter les listes d'incidents et de groupes- mais je n'ai pas pu assister à des matchs avec eux. C'est un regret car je pense que les Ultras ont joué un rôle important par la suite, dans le conflit yougoslave.

« LE MEILLEUR DERBY D'EUROPE »

Lorsque tu es allé à Glasgow, tu montres ta préférence pour les supporters catholiques*, penses-tu être resté objectif ?

Est-ce que les journalistes peuvent rester objectifs ? Même sans le vouloir, à un moment ou à un autre, tu te laisses aller au feeling. Là, c'est le cas, mais le bar pro-Rangers où je me suis rendu était vraiment très austère alors qu'à chaque fois que j'ai rencontré des gens du Celtic, ça s'est très bien passé. Tu n'as qu'à voir comment ça s'est passé lorsqu'ils sont venus à Paris : Génial ! Je décris les faits comme je les ai ressentis.

Comment peut-on expliquer cette rivalité ?

C'est lié à l'histoire de la ville et à l'histoire de l'Irlande. A mon avis, il faut faire la part des choses entre les liens réels avec l'histoire et les liens que les gens imaginent. Aujourd'hui, ces clivages sont de plus en plus artificiels, il n'y a plus que le foot pour se souvenir qu'il y a – à l'origine- deux communautés, catholique et protestante. Ca commence à s'estomper mais, à aucun endroit ailleurs en Europe, je n'ai trouvé de tel attachement à l'histoire locale. C'était vraiment intéressant, du point de vue journalistique, de voir comment fonctionnait cette ville avec les deux clubs.

Pour moi, c'est clair, les derbys que j'ai pu voir là-bas ont été les plus grosses ambiances que j'ai connues. Même si j'ai une sensibilité plus britannique qu'italienne, je pense que c'est le meilleur derby d'Europe C'est vraiment extraordinaire !

Comment se fait-il que les supporters écossais assurent une superbe ambiance alors que leur championnat est inintéressant ?

Ca reste une grosse énigme aussi. A part Celtic/Rangers, tu peux te poser la question. L'avenir, pour eux, c'est certainement de rejoindre le championnat anglais. Ils le feront un jour ou l'autre, car les Rangers sont très riches. Avec Manchester United c'est pratiquement le club le plus riche du Royaume-Uni.

« ANGLETERRE, L'UNION NATIONALE »

On parle beaucoup de l'ambiance à Liverpool, penses-tu que ce soit la meilleure d'Europe ?

Non, il y a une grande part de légende. Le premier match que j'ai vu à Liverpool, c'était la demi-finale avant le Heysel, contre un club grec. Liverpool avait gagné largement et s'était qualifié pour la finale. Là, il y avait une superbe ambiance, mais j'ai connu mieux. Dans le vrai Kop, du temps où il existait encore, ça faisait une sensation extraordinaire, mais ce n'était pas une ambiance démentielle non plus. A cette époque, les gens de Liverpool commençaient à être blasés. Ils avaient tellement gagné de trucs qu'il en fallait vraiment beaucoup pour que l'ambiance remonte.

Malgré tout, cela reste une des meilleures ambiances d'Europe. Pour Liverpool-Auxerre, le stade n'était pas plein, il y avait peut-être 27 000-28 000 personnes et l'ambiance était très forte pour les Auxerrois avaient la trouille. De toutes façons, c'est toujours très dur pour les équipes qui affrontent Liverpool. Le PSG a pu s'en rendre compte…

Pourquoi le phénomène « casual » est-il apparu en Angleterre, alors que les Anglais sont plutôt fiers d'afficher leurs couleurs ?

C'est une réaction directe à l'organisation des forces de police. Pour éviter les sanctions judiciaires, les hools ont décidé de moins afficher leurs couleurs et le phénomène s'est propagé en Europe. Aujourd'hui, la police s'est améliorée et c'est surtout un phénomène de mode. Il est vrai que lorsque tu as 15-20 ans et que tu vas au stade, tu préfères t'habiller avec le dernier truc à la mode plutôt qu'avec l'écharpe du club un peu ringarde. C'est comme pour sortir en boîte, tu te « fringues ».

Y a-t-il des liens entre les supporters des différents clubs anglais ?

Même si je ne suis pas au courant des tendances des 3-4 dernières années, je peux te dire qu'il y a des liens entre les durs parce qu'ils se retrouvent pour l'équipe nationale. Pour les autres, il y a aussi beaucoup plus de liens qu'il y en avait il y a 20 ans., par le biais des fanzines et de différentes associations. Ces liens restent bien moins développés qu'en Italie par exemple. En revanche, les Anglais ont toujours aussi peu de contacts avec le reste de l'Europe ! Ils n'en ont rien à faire, c'est clair !

Comment expliques-tu que les supporters se réunissent pour l'équipe d'Angleterre ? Est-ce le seul pays où cela se passe comme ça ?

Dans d'autres pays comme l'Italie ou les Pays-Bas, il y a aussi une union nationale qui se crée autour de l'équipe pour les matchs internationaux. Cela concerne les supporters « pacifiques ». Pour les plus violents, le phénomène d'union se retrouve en Allemagne.

Est-ce que les supporters de l'équipe d'Angleterre ont changé ?

L'ambiance n'a pas changé. Pour la violence, c'est plus difficile à dire car il n'y a pas eu de grands événements internationaux pour l'Angleterre depuis l'Euro 92. Ils n'étaient pas qualifiés pour la coupe du monde aux U.S.A. Pour l'Euro 96, la situation n'est pas comparable, car l'Angleterre jouait à domicile. A l'extérieur, l'équipe attire 10 000 types dont un noyau important de durs. L'attitude d'un groupe de supporters à l'étranger est très différente. Toute personne ayant fait un déplacement de supporters a déjà ressenti ça. Même sans vouloir être violent, on chante, on gueule… et si tu ajoutes trois litres de vin par personne, ça va prendre une autre tournure ! En particulier pour le peuple anglais, qui a toujours été fondamentalement dominateur…

Il y a tout de même eu des incidents assez graves, comme à Dublin*, où le match a dû être arrêté. A mon avis, même si des progrès ont été accompli, le problème est toujours là en Angleterre. S'ils se qualifient pour la coupe du monde en France, ce sera un des gros problèmes de sécurité. On verra où en est l'équipe à ce moment là.

Est-ce que la violence fera toujours partie du football ?

Je pense qu'il faudra plusieurs générations avant que cela disparaisse complètement parce que des jeunes de 12-13 ans grandissent avec l'idée qu'il y a le foot dans le stade et la violence dans la rue.

En Angleterre, il faut reconnaître que ce n'est plus ce que ça a été il y a 10-15 ans. Il faut espérer que, de la même manière qu'elle a montré la voie du hooliganisme, elle montre l'exemple pour une baisse de la violence.

Est-ce que tu penses que la France est prête pour la C.M. 98 ?

Tout cela s'est énormément amélioré depuis quelques années. De gros moyens ont été mis en œuvre, en liaison avec les polices européennes. A mon avis, il n'y aura pas de problème dans les stades en raison de la vidéo surveillance et des sanctions judiciaires, mais il pourrait y avoir des problèmes dans les centre-ville, les jours précédant les rencontres.

« ALLEMAGNE, UNE SEPARATION IMPRESSIONNANTE »

Peux-tu parler de la dissociation très nette qui existe en Allemagne entre supporters et hooligans ?

C'est l'une des choses qui m'avaient le plus frappé. Cette séparation est impressionnante. J'étais avec les hools allemands pour un match contre les Pays-Bas à Milan et on a croisé des Hollandais genre perruques oranges et tout ça, des gars sans histoire, pas un Allemand n'a essayé de les emmerder ! N'importe où ailleurs, à Paris par exemple, les gars ne seraient pas passés. Franchement, je trouvais ça bien.

Les hooligans allemands donnent l'impression de ne pas s'intéresser au foot. Pourquoi paient-ils pour aller au stade ?

En général, ils ont un pouvoir d'achat assez important. Et ils trouvent leur plaisir dans tout ce qui est annexe au foot, cavaler devant les flics… Ca leur arrive parfois de rester devant le stade. C'est le seul pays qui m'a donné cette impression. En Angleterre, les hooligans ont au moins une culture foot. Ils connaissent la composition des équipes, l'histoire de leur club…

Mais est-ce que cette séparation a toujours existé ? Pourquoi en Allemagne plus qu'ailleurs ?

Je ne dis pas qu'à un moment ou à un autre des supporters un peu bourrés n'ont pas fait des conneries, mais je crois qu'historiquement, la séparation a toujours existé. Disons que chaque pays a sa manière d'agir.

Justement, est ce que tu penses que les supporters européens ont su se démarquer des modèles italien et anglais ?

Pris individuellement dans chaque pays, chacun te dira que les Anglais sont des vieux cons et que les Italiens les emmerdent avec leurs drapeaux et leurs fumigènes. Malgré tout, à mon avis, on reste tout de même sur ces modèles.

Pourquoi les ambiances sont-elles aussi faibles en Belgique ?

J'ai vu pas mal de matchs en Belgique et je n'ai jamais été marqué par l'ambiance. Ceci dit, les gens que j'ai pu rencontrer connaissaient vraiment le foot. Mais les types sont tellement sous tension à penser ce que fait le groupe adverse, ce que font les flics, ce qu'ils vont faire à la sortie du stade et ainsi de suite , qu'il n'y a plus de place pour l'émotion naturelle : ils sont en permanence aux aguets. Ils s'inventent aussi une forme de tension, car ils passent leur temps à se dire « on y va, on y va pas, on va se la donner ». Finalement, la soirée est terminée, il n'y a rien eu ! En vérité, il y a 90 % d'intentions, 5% d'hésitations et éventuellement 5% de violence. Avec les Anglais, c'est différent : même si certains pensent à ce qu'ils vont faire après le match, ils chantent tout de même. J'ai vécu notamment des ambiances extraordinaires en Sardaigne au Mondial 90.

« ULTRAS : LA FAMILLE ITALIENNE  »

Comment expliques-tu que la phénomène ultra soit né en Italie ?

Quelque part, on a les supporters que l'on mérite. Quand tu regardes le fonctionnement d'un groupe ultra, c'est un petit peu le chef, l'organisation, les liens très solides, bref la famille italienne. De plus, c'est né à une époque où il y avait une violence politique importante, les jeunes étaient à la recherche de quelque chose qui puisse les canaliser en marge de leur structure familiale. Ce n'est donc pas un hasard si ce phénomène est né en Italie.

La violence est elle aussi organisée que le reste des activités ?

Elle l'est de plus en plus. On l'a vu récemment avec la mort d'un supporter lors de Gênes-Milan*. Cependant, ce n'est pas une évolution récente, même si les gens ont l'air de le découvrir. Cela fait des années que c'est comme ça ! Ce qui a changé, c'est l'apparition de groupuscules de 10-15 personnes à l'intérieur des groupes historiques, très difficiles à contrôler. C'est encore une réaction directe à l'organisation des forces de police.

Comment devient-on supporter d'un club dans une ville qui en compte plusieurs ?

Il y a une très forte influence familiale. Que ce soit en Italie ou en Angleterre, on est supporter de père en fils. A 10 ans, si ton père t'emmène au stade voir son équipe favorite, tu prends le virus.

« FRANCE, UNE EVOLUTION MAJEURE »

Que penses-tu de la situation des supporters en France ?

Cela a beaucoup évolué depuis une dizaine d'années. Un bon rythme a été trouvé en termes d'ambiance, d'organisation, de déplacements… La violence qu'on pouvait craindre il y a quelques années est restée, heureusement, à un niveau assez bas.

Je trouve qu'une tribune comme Auteuil, entre autres, est le parfait exemple de ce qu'il faut faire actuellement en France, mais il y a également de bonnes ambiances dans d'autres stades comme Bordeaux pour la finale de la coupe de la ligue. C'est en fait un phénomène qui arrive maintenant à maturité : après les premiers pas d'il y a 10-12 ans, les structures se sont mises en place. Les clubs ont commencé à comprendre ce qu'étaient ces groupes, et même si les relations sont parfois conflictuelles, cela se passe tout de mêle mieux qu'à l'époque des Bez, Tapie…

Les dirigeants ont aujourd'hui compris qu'on ne peut pas avoir un grand club sans grands supporters et sans une grande ambiance. Les gens qui on t assisté à PSG-Liverpool ont retenu les trois buts, la renaissance du PSG sur le terrain, mais ils ont aussi retenu ce qui s'est passé entre Auteuil et les supporters de Liverpool à la fin. C'était un mouvement extraordinaire. Ensuite, au niveau des supporters, il faut savoir ce que l'on veut : Est-ce que l'on préfère applaudir les supporters de Liverpool et qu'eux-mêmes chantent « Paris, Paris… » ou est-ce que l'on préfère aller faire trois fois le tour du Parc des Princes en balançant des pierres aux C.R.S…

Comment expliques-tu qu'il y ait de faibles affluences en France par rapport aux autres pays européens ?

Il est vrai que les petites équipes n'attirent pas beaucoup de monde. Mais si l'on regarde les moyennes du PSG, de Marseille, de Bordeaux ou de Nantes, c'est déjà bien. Paris il y a 20 ans n'attirait pas plus de 20 000 spectateurs en moyenne (NDLR : En 95/96, la moyenne était d'environ 35 000 personnes). La politique actuelle des clubs français tend à accroître l'affluence dans les stades.

Nous ne sommes pas encore au pays du football, mais le public s'est beaucoup rajeuni, ce qui est une évolution majeure. Dans les écoles, les enfants grandissent maintenant avec l'idée d'aller au stade, ce qui n'existait pas il y a 20 ans et cela va créer une sorte de culture de foot en France, au fil des générations. Il y a également un problème de concurrence avec la télévision. Beaucoup de gens vont voir un spectacle et non supporter leur équipe.

Est-ce que ça t'a déjà gêné d'être supporter pour rester objectif ?

La plupart du temps, ça n'a pas été un problème, mais une fois ou deux, notamment à l'occasion de matchs PSG-Marseille assez tendus, c'était vraiment très dur de rester dans la ligne, d'autant plus que je savais ce qui se passait à Marseille puisque je travaillais également sur les affaires Tapie.

Quand et pourquoi es-tu venu au stade pour la première fois ?

C'était Nice-Bastia en demi-finale de coupe de France, le premier ou deuxième match au nouveau Parc des Princes. Et le 1 er match de Paris, c'était PSG-Valenciennes en barrages pour monter en division 1. Match extraordinaire, Paris a gagné en prolongations et les joueurs ont porté en triomphe Just Fontaine, l'entraîneur, qui avait eu un malaise cardiaque. Le virus PSG m'a pris.

Et maintenant, est-ce que tu t'intéresses plus aux tribunes ou au terrain lorsque tu vas au stade ?

Il y a eu une période, à l'époque où j'écrivais le bouquin, où je m'occupais plus des tribunes, mais maintenant je m'intéresse en priorité au terrain. En ne m'occupant plus du foot pour le journal (en dehors des gros événements), j'ai redécouvert le plaisir d'assister complètement à un match de foot en étant résolument partisan.

Penses-tu qu'il y ait une récupération politique de certains supporters ?

Une tentative de récupération, c'est certain. Qu'elle fonctionne vraiment, je n'en suis pas sûr. Qu'il y ait à Paris des gens sensibles aux idées d'extrême-droite, c'est évident ; mais que tout cela soit organisé, orchestré, récupéré par le FN, ce n'est pas vrai, à ma connaissance du moins. Les groupes potentiellement violents sont des foyers où des groupuscules ont envie d'aller recruter du monde, mais je pense que jusqu'à maintenant, ils se sont plutôt cassé les dents là-dessus.

Pourquoi les supporters de certaines villes sont plus politisés que d'autres ?

Je pense qu'il y ait un phénomène d'entraînement. Un noyau de fortes personnalités est souvent copié. Pour se fondre dans le moule, pour être acceptés, certains peuvent les suivre lorsqu'ils lèvent le bras ou gueulent « sale nègre ». Il y a aussi une forme de provocation dans cette attitude, « je vous hais donc j'existe ». En fait, c'est surtout le cas dans les clubs des très grandes villes. En Angleterre, on disait de façon très péjorative que c'était un phénomène « petit blanc ». On peut dire que c'est la même chose en France.

Dans le livre, un chapitre explique ce qu'est le vrai mouvement skinhead et ses origines mais les skins que tu as suivis étaient tous des boneheads. Est-ce que tu penses qu'ils sont plus présents dans le milieu du foot ?

Oui. Par la suite, les skins non extrémistes que j'ai rencontrés étaient très peu dans le foot. Pour moi, ils ont tendance à se démarquer des skins politisés pour ce qui est de la musique, du style vestimentaire mais également en s'éloignant du milieu foot.

Etant journaliste, que penses-tu de l'image que les médias donnent des skins ?

Tout le monde ne peut pas tout connaître. Moi même, je peux prétendre connaître ce milieu, mais si je devais par exemple parler des Teddy Boys, n'étant pas spécialiste, je raconterais probablement pas mal de salades. On ne peut pas reprocher au grand public de ne pas connaître un mouvement qui concerne 500 personnes en France. Il y a également des choses terribles dont on est obligés de parler comme l'affaire de Carpentras. Je peux faire le reproche à certains confrères, pas tous, de ressortir toujours les mêmes caricatures et les mêmes clichés faciles : combien de fois a-t-on vu après des incidents avec les supporters du PSG, les gros titres « Les skinheads du PSG ont provoqué des incidents » alors qu'il n'y a pratiquement plus de skins à Paris ?

En général, j'emploie l'expression « Skinheads Néo-Nazis » ou « Skinheads d'extrême-droite » pour parler des boneheads. Pour moi, la nuance est essentielle. Un vrai Skinhead n'est pas nazi, au contraire ! Ou alors il n'a rien compris à l'histoire et à la musique !