VOICES OF BELLEVILLE

Présentation

Jean-Baptiste, 24 ans, chant. Martin 24 ans, basse. Vincent 25ans, guitare et Philippe heu... 30 ?!?, batterie.

Ça fait combien de temps que vous existez ?

Ça fait à peu près deux ans.

Pourquoi avoir voulu faire un groupe ?

Philippe. : On sait plus trop qui a contacté qui...

Martin. : Au départ je cherchais un batteur pour un groupe de ska, et après avoir fait une répet avec Philippe, on s'est dits qu'on allait plutôt faire un groupe de oi! ce qui branchait bien Marco, un des premiers chanteurs de Voices of Belleville

En ce qui concerne le 45T, pourquoi ce clin d'il à Symarip ?

P : Ah, c'est pas Silmarils ?

J-B : C'est une idée à Martin... et puis ça a le mérite d'être clair vu que sur Paris et en général tout le monde se pose des questions...

Justement en quoi c'est important pour vous d'être « honorable member of the antiracist action Skinhead » ?

P. : Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïtés sur le fait qu'on soit antiracistes. D'un autre côté on n'est pas non plus des rouges : il n'y a pas besoin de ça pour être antiraciste.

J-B : No need to be red to be antiracist !

P. : Voilà et surtout on fait de la musique : on n'a pas choisi de faire du rock radical, ça ne nous intéresse pas...

Puisqu'on parlait de clin d'il, le "Nous aussi ce disque est dédié à nous et nos amis" de l'intérieur de la pochette ressemble étrangement à celui d'EVIL SKIN...

M : De la provo !

P : J'ai croisé Tramber des EVIL au London il y a trois jours. Il est revenu de Chicago et il a trouvé ça très drôle! Ouais c'était pour faire un peu de provocation parce que c'est toujours très politiquement correct de se placer comme étant anti-raciste et on est pas politiquement corrects !

Toujours à l'intérieur de la pochette, il n'y a que des photos de potes à vous sauf une où c'est le drapeau du Tibet. Pourquoi celui-là ?

P. : Parce que moi je milite pour le Tibet, je suis bouddhiste c'était mon souhait. C'est plus personnel parce que la plupart des gens dans groupe ne partagent pas forcément mes idées là dessus...

Venons-en aux textes. « Rien regretter » est assez loin du cliché habituel « Bière, baise, baston »...

P : C'est moi qui l'ait écrit alors comme je suis vieux... (rires des autres). Non ça ressemble à ce que je pense, c'est des paroles à cur ouvert. Ça décrit ce que je pense. Globalement je me retrouve pas forcément dans les ambiances skins d'aujourd'hui. Je suis toujours skin, le problème n'est pas là mais je ne passe plus mes soirées dans des bars. C'est plus mon truc. Le fait est que j'ai passé l'âge de passer mon temps à traîner dans des bars : j'ai du travail, des enfants. On a une chanson là-dessus qui s'appelle "Je bois", j'ai écrit ça au second degré, ça parle de mecs bourrés qui se dégueulent dessus mais je sais que mes charmants collègues prennent ce textes très au sérieux parce que ça leur ressemble... "Rien regretter" c'est vrai que c'est plutôt antinomique par rapport au trip skin habituel. Mais c'est aussi le côté positif. Si je suis toujours skin c'est parce que je trouve toujours des côtés positifs dans le mouvement skin.

M : Ça montre aussi que c'est pas le truc de base, on se bourre la gueule et on se tape dessus... Il y a aussi des aspects positifs : des organisations de concerts, des fanzines.

J.B. : Et puis le temps passe : tu penses pas pareil à 18 ans qu'à 25 et qu'à 30... C'est pour ça qu'on se prend pas au sérieux.

P : Peut-être que dans 5 ans ils auront arrêté de boire...

« Salarié » est un texte où vous développez l'idée que pour pouvoir vivre il faut avoir un boulot. Pour vous l'aboutissement d'une vie c'est d'avoir un taf ?

Ensembles : Non !

J.B. : C'est pas une sacralisation du libéralisme ou du monde du travail. Ce texte à été écrit par Franco un ex-Voices qui est avocat spécialisé dans le droit du travail, ce qui peut paraître paradoxal...

M : C'est pas une nécessité, une fin en soi mais aujourd'hui si tu veux faire un truc il te faut de l'argent.

P. : Soit tu gagnes ta vies honnêtement soit tu la gagnes malhonnêtement, t'as pas le choix ! Par contre, tu peux aussi tirer du plaisir de ton travail, de l'enrichissement. Y'a des gens que ça fait chier de bosser parce qu'ils ont un boulot de merde mais il y en a d'autres qui s'épanouissent dans leur boulot. Franco par exemple est content d'être juriste.

J.B. : Moi je peux pas dire que j'ai un boulot qui me plaise. Je dois payer mon deux pièces à Belleville, ma bouffe. J'ai un boulot qui me convient mais je peux pas dire que je prends du plaisir à travailler... Si on me disait que je touchais des allocs à hauteur de mon salaire, je resterais chez moi et je m'occuperais sans problème. Je travaille pas par plaisir mais par besoin.

Et en ce qui concerne les autres textes ?

J-B : Il y en a un sur le foot qui me plaît beaucoup...

C'est du vécu l'histoire du club qui paye du pâté avarié ?

J-B : C'est du romancé mais avec Martin on est supporters d'un club d'une division inférieure, troisième division, c'est pas un club de milliardaires et il y a des trucs comme ça : on a une buvette de merde et du mauvais pâté !

Pourquoi supporter un club comme ça ?

J-B : Le truc c'est que c'est un vieux club le Red Star ! On dit que c'est Le Havre le club doyen mais le premier club à avoir déposé ses statuts, c'est le Red Star et c'était avant ! C'est un club qui a une histoire, c'est proche de Paris et c'est pas le P.S.G...

M : Le P.S.G. n'est pas dans un quartier dans lequel je me reconnais : c'est pas le quartier ni l'endroit ou l'on vit

J-B : C'est un club de milliardaires !!!

Justement le quartier, je suppose que le nom c'est pas simplement par rapport à la situation géographique mais aussi pour l'esprit. Il y a quoi par rapport à Belleville ?

M. : J-B habite à Belleville, moi j'habite franchement pas loin même si c'est pas Belleville...

J-B : C'est malgré moi ! Un 100 m 2 dans le huitième ça m'irai aussi !

M. : En fait Belleville c'est l'endroit où on s'est tous connus même si on y habite pas tous !

Et il y a quelque chose de particulier dans ce quartier ?

J-B : C'est riche et atypique. Le dimanche matin s'il pleut tu peux sortir dans la rue, il se passe des trucs, il y a des gens.

M. : Il y a 162 communautés différentes...

J-B : A Belleville, tu peux pas être raciste : t'es forcément issu d'une minorité

P. : C'est sur le papier ça ! Parce que tu crois que les Juifs aiment rebeus, que les rebeus aiment les noirs, et que les noirs aiment les jaunes ?

M. : Bien sûr que non, mais tout le monde vit ensemble et ça se passe hyper bien, c'est un quartier vraiment populaire mais pas populaire dans le sens pauvre ou craignos.

Les Décadents & Corrompus Skinheads c'est qui ?

J-B  : Ça veut dire Dans le Cul Sauvagement !

On peut y voir ce qu'on veut ! C'est un soir on s'est fait un délire là-dessus et c'est resté. Quand Thaga qui nous a produits, elle a cherché un nom de label, elle a décidé de ça mais le prochain ça pourra être autre chose.

P. : C'est aussi un pied de nez par rapport à tous ceux qui nous disent nous on est redskins ou ceci-skin vachement sérieux, Décadents et Corrompus Skinheads ça nous fait marrer et on n'est pas plus décadents et corrompus que ça !

Phil, ce soir ça te fait quoi de jouer avec Oxblood? Ça doit faire bizarre parce que t'es un des premier à les avoir interviewés et à avoir parlé de la scène new yorkaise ?

Mon premier contact avec la scène new-yorkaise c'était en '91 avec une interview de Madball et Agnostic Front. Je suis vraiment content. On a déjà joué en Allemagne avec les Templars qui sont des potes, quand je vais à N-Y je traîne qu'avec eux et là avec Oxblood... Bon ça n'a rien d'exceptionnel à ça mais ça fait d'autant plus plaisir qu'à l'époque où je jouais dans Anti-Patik, on arrêtait pas de dire qu'on ferait un split et qu'on jouerait ensemble quand ils viendraient en France ! Anti-Patik a splitté fin '95 et je me suis toujours dit que si je rejouais dans un autre groupe ça me ferait vraiment plaisir de jouer avec ces gens là...

La question classique : au niveau lecture qu'est ce qui vous branche ?

P. : Moi je lis surtout des textes anciens sur le bouddhisme mais aussi tout ce qui concerne l'Asie. Je suis attiré par l'Asie en général, que ce soit la Thaïlande , le Tibet, l'origine des langues et des écritures, c'est pas sectorisé. Je m'intéresse aussi aux ethnies d'Amérique du Sud et aux peuples ethniques en général. Je lis pas pour être instruit, je lis ce qui m'intéresse.

J-B : Moi je sais pas lire !

M. : Moi je lis pas grand chose. Le dernier bouquin que j'ai lu c'était Football Factory ou La meute. Mais à côté de ça je peux lire des bouquins de Lovecraft mais bon je lis pas beaucoup, un bouquin par an...

Est-ce qu'il y a une question que je n'ai pas posée à laquelle vous auriez bien voulu répondre. Est qu'il y a un sujet qui vous tient particulièrement à cur ?

P. : Est-ce qu'on se sent concernés par les guerres du style le RASH contre le reste du monde ?

J-B : Les Talibans sont pas cools ! C'était quand même du patrimoine mondial...

Ouais mais les femmes qui sont là-bas tout le monde s'en fout...

J-B : Effectivement tout le monde s'en bat les couilles, ça fait un moment que ça dure. C'est comme en Algérie, on massacre toujours mais ça vend plus au 20 heures. On parle du mec qui fabrique des sabots dans le Cantal...

M. : On est bien d'accord mais on n'a pas fait le groupe pour partir en croisade. On pourrait parler individuellement de sujets qui nous tiennent à cur comme Phil sur le Tibet...

Phil, justement, tu parlais de la guerre Rash contre le reste du monde...

P. : On se sent pas concernés et je trouve que c'est une attitude plus qu'intolérante de vouloir dicter une pensée unique. Des gens qui veulent poser une idéologie sur un mouvement de la rue, ça reste pour moi vachement dangereux et ça peut aller vers une violence gratuite. Et visiblement ils ont déjà commencés à Agen avec P.38 qui est maintenant un groupe nazi... On a un morceau qui s'appelle les fachos où on dit que c'est un fardeau d'être traité de facho. C'est vrai que c'est un fardeau et ça l'est encore plus quand c'est des gens qui sont aussi extrémistes que les nazis et pour qui la politique est juste un prétexte à la violence. Ça me rappelle de vieux clichés que j'ai vécus au milieu des années '80 où il y avait des bandes de gens qui utilisaient la politique pour taper sur tout le monde. Ils étaient même pas tous forcément nazis ou racistes, c'était juste un prétexte de provocation pour pouvoir taper sur tout le monde. Maintenant il y a ceux qui sont plus clairs avec leurs idées et qui s'intéressent au mouvement skin et il y a ceux qui sont toujours aussi cons et qui sont encore nazis. Le RASH, je crois que ça va faire pareil : il y en a une partie qui vont lâcher et s'intéresser au mouvement et il y a ceux qui vont continuer à faire de la politique et qui vont nous gangrener et nous faire chier pendant des années dans les concerts parce que les gens sont pas politiquement clairs, parce qu'il faut pas qu'on sert la main à tout le monde, parce qu'il faut s'afficher clairement ceci parce que sinon on est cela... C'est consternant de despotisme ! C'est fascisant comme attitude

J-B. : T'aimes pas le rose ? T'es homophobe ! Ça revient à ça...

L'antiracist Action Skinhead c'est pas dans cet esprit ?

M. : Non !!! On est antiracistes mais après on n'est pas rouges ni verts ni autre chose. On n'a pas besoin d'avoir une étiquette politique. Etre antiraciste c'est logique... Le problème c'est que dans le RASH c'est clairement annoncé Red et Anarchiste SkinHeads... si t'es pas red ou anarchiste, t'as pas à être avec eux...

J-B : Et le problème c'est que si t'es pas avec eux, t'es forcément contre eux...

P. : Le Rash s'est posé lui-même contre le reste du monde. Je sais que Batskin remonte un club de moto sur Paris... On verra bien comment ils se comporteront parce que là ça va être forcément des gens moins drôles... Bon aujourd'hui ils sont nombreux. Ils sont présents dans certains concerts en bande, la cas d'Agen par exemple... A Paris c'est différent parce qu'on connaît les gens et globalement ils sont plutôt intelligents. Les mecs de la Brigada sont plutôt cools même s'ils ont parfois un discours qui est vraiment posé, ils restent ouverts d'esprit et politiquement on peut discuter avec eux. Par contre, ce qui s'est passé à Agen c'est du fascisme à l'état pur !

Le mot de la fin.

Zoologiste ?